• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
06/03/2017

Présentéisme : et si les absents n’avaient pas toujours tort ?

Si l’absentéisme est un sujet bien connu des entreprises, le présentéisme est beaucoup moins évoqué. Et pourtant, les entreprises ont tout à gagner à prendre en main le sujet, comme en témoigne Anne-Sophie Panserie, présidente de Maviflex, qui a choisi de lutter contre ce phénomène. L’entreprise a repensé l’organisation du travail dans son entreprise, amélioré les conditions de travail de ses employés et permis une meilleure maîtrise de leur temps de travail Le résultat ? Une productivité qui a augmenté de 50% et un taux de présence de 97%.

Si l’absentéisme est un sujet bien connu des entreprises, le présentéisme est beaucoup moins évoqué. Et pourtant, les entreprises ont tout à gagner à prendre en main le sujet, comme en témoigne Anne-Sophie Panserie, présidente de Maviflex[[1]] (ainsi que de l’association « Femmes chefs d'entreprise de France »), qui a choisi de lutter contre ce phénomène. L’entreprise a repensé l’organisation du travail dans son entreprise, amélioré les conditions de travail de ses employés et permis une meilleure maîtrise de leur temps de travail (fermeture des locaux à 18h30, interdiction d’envoyer des mails ou des convocations le vendredi après-midi, les soirs après 18h, plages horaires spécifiques pour les réunions …) Le résultat ? Une productivité qui a augmenté de 50% et un taux de présence de 97% [[2]].

Qu’est-ce que le présentéisme ?

Phénomène théorisé aux Etats-Unis, le présentéisme se matérialise sous plusieurs formes, et trouve généralement son origine dans la pression ressentie au travail, qu’elle soit financière, managériale ou sociale. Cette pression s’est renforcée avec la crise et le développement de l’insécurité des emplois et des carrières pour les collaborateurs.

Pourquoi les entreprises doivent-elles s’y intéresser ?

Tout d’abord, parce que le présentéisme coûte très cher à l’entreprise, voire plus cher que l’absentéisme, si l’on en croit certaines études menées sur le sujet [[3]].

En effet, le présentéisme recouvre les mêmes coûts indirects cachés que ceux de l’absentéisme, et notamment ceux liés à la perte de productivité des collaborateurs : baisse de la quantité et/ou de la qualité du travail produit. Et ces coûts sont loin d’être insignifiants. A titre d’exemple, une simple migraine entraînerait une baisse de performance de 20 à 23% du salarié [[4]]. Conséquence insidieuse du présentéisme, l’entreprise se trouve privée de certains leviers qu’elle peut utiliser dans le cas de l’absentéisme : il est en effet possible de remplacer un collaborateur absent, contrairement à un collaborateur présentéiste.

Au-delà de la baisse de productivité individuelle, le présentéisme peut également influer sur la performance collective et induire des effets « boule de neige » importants : dégradation du climat social et augmentation du taux d’absentéisme de l’équipe, lié à la contamination physique des collègues ou conséquence du climat social dégradé. In fine, l’entreprise peut être concernée par des coûts d’image importants, aussi bien vis-à-vis de ses clients (insatisfaction du fait d’une éventuelle baisse de qualité) que de ses collaborateurs ou futurs collaborateurs (dégradation de la marque employeur).

De plus, si les coûts salariaux des agents absents sont partagés entre l’entreprise et la sécurité sociale, l’entreprise est en revanche seule à supporter ces coûts dans le cas du présentéisme.

Les couts du présentéisme

Enfin, le présentéisme étant l’antichambre de l’absentéisme, réduire le présentéisme permet de réduire l’absentéisme et donc de diminuer son coût.

Comment peuvent agir les entreprises ?

Les problématiques de présentéisme – et a fortiori d’absentéisme – s’inscrivent dans les enjeux de la qualité de vie au travail. Aussi, de multiples actions liées à la qualité de vie au travail peuvent être menés. Certaines actions peuvent toutefois cibler plus spécifiquement cette problématique.

Repérer le présentéisme. Le phénomène étant encore assez peu connu, il convient dans un premier temps de le repérer et de donner des clés à la fonction RH et au management pour identifier les signes relatifs au présentéisme. A la maille collective, un taux d’absentéisme anormalement bas peut être un signe de présentéisme. A la maille individuelle, un nombre élevé d’horaires effectués, des congés non posés, une qualité des livrables en baisse, un retrait de la vie sociale de l’entreprise sont autant de signes derrière lesquels peuvent se cacher un salarié présentéiste.

Sensibiliser. Conséquence de la méconnaissance de ce phénomène par le grand public, cette sensibilisation est d’autant plus indispensable qu’elle permet de limiter la pression sociale, elle-même source de présentéisme. L’exemplarité managériale en la matière est cruciale, le management contribuant à l’instauration d’une culture et d’une politique qui légitiment les absences ou produisent de la culpabilité. Ce sujet s’inscrit dans la problématique plus large de confiance du manager envers ses collaborateurs, lorsque ces derniers sont absents du lieu de travail, que ce soit pour raison de santé…ou dans le cadre des évolutions des modes de travail, avec la mise en place du télétravail, notamment.

Traiter. L’entreprise peut s’attacher à résoudre les maux à la racine de présentéisme : la prévention santé – sécurité, la prévention des risques psycho-sociaux, l’engagement et la Qualité de Vie au Travail, par la définition de plan d’actions sur ces sujets. Elle peut également proposer des alternatives quant à l’organisation du travail. A titre d’exemple, avoir une politique claire de remplacement des absents voire des plans de continuation d’activités permet de réduire le sentiment de culpabilité de l’absent et de ne pas surcharger les présents. Les solutions à mi-chemin entre l’absence totale et la présence physique, telle que le télétravail, permettre de réguler la charge de travail, en particulier via le télétravail.

Des leviers pour traiter le présentéisme

A l’heure où bon nombre d’entreprises repensent leur organisation du travail, il convient d’intégrer cette composante dans les réflexions et de briser l’idée reçue selon laquelle les absents ont toujours tort !

 

 

 

[1] ANACT. Présentéisme : une autre face de l’épuisement professionnel. Travail et changement, 2014, n°354.

[2] MONNEUSE D. Le surprésentéisme. Editions de boeck. 2013.

0 commentaire
Poster un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top