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28/06/2017

Utilisation des objets connectés en RH : opportunité ou menace ?

Les objets connectés ont déjà envahi notre sphère privée et se diffusent petit à petit dans le monde de l’entreprise … jusqu’au service Ressources Humaines ! 

Amélioration du bien-être au travail, prévention des risques psychosociaux, réduction de la pénibilité, facilitation du recrutement … les objets connectés semblent pouvoir apporter une aide précieuse au service RH. Mais à quel prix ?

Nous vous proposons dans cet article de faire un tour d’horizon des potentielles utilisations des objets connectés pour un service RH : entre réalité, fiction et risques associés. 

Avant toute chose, commençons par une définition : le terme « objet connecté » désigne tout objet de la vie courante possédant la capacité de se connecter à Internet. On parle souvent d’IoT (Internet of Things), ce qui correspond à l’extension de l’Internet à des objets physiques. Même si les premières utilisations se sont focalisées sur la sphère privée ; de nombreux cas d’usage se développent petit à petit au sein des entreprises et notamment du service RH qui y voit de nombreuses opportunités d’améliorer les services fournis par l’entreprise aux collaborateurs. 

Les objets connectés au service du bien-être au travail : l’espace de travail connecté

Un nouveau type d’espace de travail a récemment vu le jour : l’espace de travail connecté. Cet espace se différencie des espaces traditionnels car il a pour but de prévenir des risques psychosociaux.

Dans ces espaces de travail connectés, on retrouve des objets de notre vie de tous les jours avec des sortes de « superpouvoirs » : par exemple, une chaise qui ajuste en temps réel son dossier pour apporter une ergonomie optimale au collaborateur ou qui vibre en cas de mauvaise posture prolongée (on pense ici à « Axia Smart Chair », la chaise connectée qui, grâce à des capteurs sous le siège, vibre en cas de mauvaise posture ou lorsque la position assise est prolongée). Autre exemple connu celui de l’ordinateur qui adapte la luminosité de l’écran en fonction de la lumière ambiante.

Dans ces espaces de travail connectés se trouvent aussi de nouveaux objets comme la Rubix Pod (lancée par la start-up Rubix S & I). Il s’agit d’une boîte qui analyse en temps réel la qualité de l'environnement des collaborateurs sur leur lieu de travail en mesurant différents paramètres comme les gaz toxiques, les particules allergènes, la température, la lumière, le bruit, etc. Ces mesures permettent d’établir une cartographie des nuisances au sein de l’environnement de travail et de générer des alertes.

On peut également penser à l’enregistreur d’activité « Spire » développé par LinkedIn : cet objet en forme de galet, que l’on peut porter en broche, permet de suivre le niveau de stress des collaborateurs qui le portent et propose, en cas de pic de stress, des exercices de relaxation.

Les objets connectés au service du bien-être au travail : des services connectés pour les collaborateurs

Avoir des espaces de travail connectés ne suffit pas à faire d’une société une entreprise connectée : il faut également que les services à disposition de ses salariés soient eux aussi connectés. On imagine par exemple une cafétéria connectée qui veillerait à la bonne hygiène alimentaire des collaborateurs. Certaines entreprises proposent d’ores et déjà à leurs salariés des bracelets connectés (produits par les start-up Fitbit ou Withings par exemple) pour mesurer leur activité physique (nombre de pas, minutes actives, sommeil, etc.) et améliorer leur santé. Ce suivi permet de diminuer le nombre de jours d’arrêts maladies, les frais de santé et d’augmenter la productivité des salariés. Une entreprise aux Etats-Unis a même décidé de payer une prime annuelle à ses employés enchainant au moins 20 nuits de sept heures de sommeil minimum (données collectées grâce aux bracelets Fitbit).

D’autres entreprises ont mis à disposition de leurs collaborateurs des Smartwatch : ils peuvent y télécharger diverses applications pour bénéficier de fonctionnalités classiques comme l’accès aux mails ou la réception d’alertes d’agenda mais également d’autres fonctionnalités plus originales comme la mesure de l’activité physique, la gestion du temps de travail, la réalisation de paiements ou même la traduction de texte (sous réserve que la montre soit équipée d’une caméra). Dans le futur, cette montre connectée pourrait même détecter que le collaborateur est malade et lui proposer d’envoyer une notification d’absence à son service RH.

Les éditeurs SIRH commencent à adapter leurs solutions à l’émergence de ces objets connectés. C’est le cas d’Oracle qui a développé « Work Life Solutions Cloud » ; un ensemble de solutions qui permettent, entre autres, d’analyser les données issues d’objets connectés : par exemple, un collaborateur peut visualiser son « tableau de bord bien-être » dans un module de la solution HCM pour suivre son activité physique, se fixer des objectifs et participer à des compétitions avec d’autres collaborateurs.

En plus d’individualiser la relation avec le salarié, ces espaces de travail et services connectés permettent d’améliorer la qualité de vie au travail tout en renforçant le sentiment d’appartenance à une entreprise qui prend réellement soin de ses collaborateurs. Ceci peut, in fine, contribuer à l’amélioration de la productivité des collaborateurs et favoriser leur rétention.

Les objets connectés pour mesurer et réduire la pénibilité au travail

Certains objets connectés permettent également de mesurer et réduire la pénibilité au travail. Par exemple, la société Cityzen a développé des vêtements connectés qui, grâce à des capteurs intelligents, mesurent les valeurs et les temps d’exposition des collaborateurs aux facteurs de pénibilité (actions physiques difficiles, postures contraignantes, niveaux d’exposition à certaines matières toxiques…).

D’autres entreprises réfléchissent également à la création d’un boîtier pénibilité permettant de comptabiliser le nombre d’heures de pénibilité pour chaque collaborateur (exposition au bruit, températures élevées, etc.). Les données collectées via ces objets seraient utilisées afin d’alimenter le compte prévention pénibilité du collaborateur et de mieux répondre aux contraintes réglementaires auxquelles sont soumises les sociétés. Par exemple, la société Sopra Steria a développé plusieurs objets (bracelets, chariots-balance et gilets connectés) qui permettent d’estimer la charge totale portée par un collaborateur.

Les objets connectés peuvent aussi optimiser les temps de déplacement des collaborateurs. Imaginez, vous êtes dans un entrepôt et chaque collaborateur porte un objet connecté qui recueille des informations sur les distances qu’il parcourt en une journée. L’analyse de ces données donne l’opportunité à l’entreprise d’optimiser l’agencement des espaces pour réduire le nombre de déplacements. Cela fait gagner du temps aux collaborateurs tout en réduisant la pénibilité de leur travail en cas de déplacement de charges lourdes par exemple. Encore une fois, cela augmente la productivité des collaborateurs et permet à la société d’optimiser ses processus.

Les objets connectés au service de la gestion des temps et du recrutement

Les objets connectés permettent tout d’abord de faciliter la gestion du temps de travail des collaborateurs en facilitant les processus de gestion de présence et de quantification de l’activité ; notamment à l’aide des technologies de géolocalisation. L’exemple le plus connu est celui des badges connectés qui mesurent en temps réel la présence du collaborateur sur son lieu de travail ; sans qu’il ait besoin de badger. Pour aller plus loin, le centre d’affaire suédois Epicenter a proposé à ses collaborateurs (sur base de volontariat) de se faire implanter des puces RFID pour faciliter leur quotidien dans les locaux de la société (ces puces leur permettent d’entrer et de se déplacer facilement dans les bâtiments, de faire des photocopies et même de payer leurs repas). L’utilisation des données fournies par la géolocalisation permet également aux travailleurs nomades de trouver plus rapidement une place dans des locaux en détectant les bureaux non occupés.

Grâce aux objets connectés, on peut également optimiser les différentes phases du processus de recrutement, en partant du CV : le CV connecté permet d’offrir un aperçu rapide du profil du candidat et de visualiser en un coup d’œil ses compétences.

Durant l’entretien, l’utilisation de lunettes connectées type Google Glass donne la possibilité au recruteur de recevoir en direct ses alertes de rendez-vous et de consulter le profil LinkedIn du candidat. Il peut même enregistrer l’échange via ses lunettes. Le recruteur peut également utiliser un stylo connecté (comme les stylos développés par la société Livescribe) pour transférer en temps réel ses notes manuscrites à son PC.

Les objets connectés permettent donc de favoriser le bien-être au travail, de mesurer / prévenir la pénibilité mais aussi de faciliter la gestion du temps de travail des collaborateurs et les activités des recruteurs. Cela dit, le déploiement de ces objets ne doit en rien se substituer aux actions du service RH mais doit apporter une aide pour les faciliter et les rendre plus efficace.

Malgré tout, ces objets présentent des risques dont les services RH et les utilisateurs doivent être conscients.

Au-delà des potentielles failles de sécurité inhérentes à tout objet connecté à Internet, les principaux risques concernent l’utilisation des données collectées grâce à ces objets et à la nature souvent confidentielle de ces données : à partir du moment où un objet connecté est associé à l’identité de celui qui l’utilise, les données de cet objet deviennent des données personnelles. Les entreprises doivent donc être particulièrement vigilantes au traitement de ces informations, aux personnes ayant accès à ces données et au stockage de ces données. Certaines entreprises, pour garantir la sécurité de ces données, vont jusqu’à interdire l’interconnexion, c’est-à-dire l’interaction entre les objets connectés du salarié et le système d’information de l’entreprise.

En France, la collecte et l’utilisation des données à caractère personnel est encadrée par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 « Informatique et libertés ». Cette loi définit les principes à respecter lors de la collecte, du traitement et de la conservation des données personnelles : principe de finalité, consentement et information des personnes et conservation limitée des données. Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), qui entrera en vigueur en mai 2018 pour les Etats membres de l’UE et les entreprises traitant des données des citoyens européens, renforce les droits déjà existants dans la Loi Informatique et libertés en y ajoutant par exemple le droit à la portabilité des données, le droit à l’oubli, le droit à la limitation du traitement et le droit d’opposition au profilage. La notion de consentement sera également renforcée, l’entreprise ne disposera plus que d’un mois pour répondre aux demandes d’accès aux données de la part des usagers et chaque entreprise devra désigner un Délégué à la Protection des Données.

L’utilisation des objets connectés pose également des problématiques au niveau de la liberté des collaborateurs qui peuvent se sentir surveillés, voir espionnés (ce sentiment peut être accentué car certains dispositifs connectés devront même être implantés sur le corps des salariés). La start-up OccupEye a par exemple été accusée de minuter les pauses des salariés de "The Telegraph" suite à l’installation de boîtiers sur les bureaux des journalistes : ces détecteurs de mouvements sans fil mesuraient la présence des salariés à leurs bureaux. Le but était d’optimiser la consommation d’énergie du bâtiment mais a été mal compris par les collaborateurs qui ont vu une tentative de contrôler leur présence.

Comme pour tout type d’objet connecté, une analyse de risque devra être réalisée avant le déploiement de ces objets dans une entreprise ainsi qu’une sensibilisation des utilisateurs sur le type de données collectées et l’utilisation réalisée.

Au-delà de la conformité avec les lois en vigueur, communication et conduite du changement sont deux variables obligatoires pour la réussite d’un déploiement d’objets connectés en entreprise : il faut expliquer aux collaborateurs les gains potentiels que ces objets peuvent apporter (au niveau individuel et collectif) , s’assurer de leur accord avant le déploiement et les rassurer quant à l’utilisation future et au stockage de ces données.

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