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09/01/2018

10 leviers pour booster la formation professionnelle avec les neurosciences

En nous éclairant sur le fonctionnement de notre cerveau lorsqu’il apprend, les neurosciences ont un potentiel d’influence considérable sur nos formations professionnelles. 

Certains pionniers ont déjà pris le sujet à bras le corps dans l’éducation nationale. Il y a 10 ans, Éric Gaspard, professeur de mathématiques, lançait le projet NeuroSup. Avec NeuroSup, des écoles primaires, collèges, et lycées ont eu des « cours de cerveau ». L’objectif d’Eric Gaspard était d’expliquer aux élèves comment ils apprenaient, et surtout qu’ils étaient tous capables d’appendre en leur expliquant le concept de plasticité neuronale. NeuroSup a rencontré un franc succès, et plus de 7000 professeurs et 19000 élèves ont vu leurs performances d’apprentissage sensiblement augmentées grâce à l’apport des neurosciences. NeuroSup est la preuve que les neurosciences peuvent révolutionner l’apprentissage. Les entreprises quant à elles, commencent tout juste à s’en emparer. 

Mais qu’est-ce que les neurosciences ?

Les neurosciences, ce sont l’ensemble des disciplines scientifiques qui étudient le système nerveux. Nées dans les années 60 de la coopération entre différentes branches scientifiques : la biologie, la psychologie, l’anthropologie, la médecine, la chimie, l’informatique, et les mathématiques. Elles se sont fortement développées dans les années 90, aussi appelées « décennie du cerveau » avec l’essor de l’imagerie fonctionnelle cérébrale, et se démocratisent aujourd’hui. 

Comment apprenons-nous ? Les neurosciences nous éclairent.

Les neurosciences ont un potentiel immense dans la formation professionnelle.  Formateur ou apprenant, elles nous renseignent sur de nombreux mécanismes de notre cerveau lorsqu’il apprend. Par exemple, nous savons qu’il existe 3 phases principales dans la mémorisation de l’information : l’encodage des nouvelles connaissances, leur stockage inconscient dans le cerveau, et la récupération de celles-ci au moment opportun.

 Les 3 étapes de la mémorisation 

 

Qu’attendent les entreprises pour s’approprier les apports des neurosciences et maximiser la performance de leurs formations professionnelles ? 

Les 10 apports des neurosciences pour booster la formation professionnelle

1. Maintenir l’attention des participants

Les neurosciences démontrent que l’attention maximale n’est captée que pendant 15 minutes. Effectivement, en période d’attention, on constate une augmentation du taux de décharge  cérébrale de 51% qui est très couteuse en énergie. Dès lors, il est important de repenser l'ingénierie pédagogique des modules de formation en privilégiant un enchainement de séquences de 15 min, avec des alternances entre la théorie et la pratique. Par ailleurs, le formateur doit veiller à une « écologie » de l'attention pour reprendre le terme d’Yves Citton, c’est-à-dire la création d’un environnement éloignant les distractions et favorisant la concentration. Il est possible d’appliquer des recommandations simples telles que : interdire les smartphones et les laptops, introduire des temps de silence, proposer des exercices d'attention consciente telles des minutes de  pleine conscience ou de méditation.

2. Répéter, Répéter… toujours répéter !

La trace mémorielle est fragile, il est donc nécessaire de la réactiver de nombreuses fois pour qu’elle soit intégrée dans la mémoire à long terme. Dans le cerveau, cela a pour effet de renforcer les connexions synaptiques, qui relient les neurones entre eux. Pour favoriser l’ancrage, il est préférable d’espacer les répétitions dans le temps. Des startups telles que ​2Spark, Woonoz et Domoscio proposent des dispositifs d’ancrage innovants. Domoscio, par exemple, triple le taux de rétention des apprenants en proposant une répétition des tests, quizz et jeux d’apprentissage.

3. Jouer sur les émotions

L’émotion facilite la trace mnésique. En effet, qui ne se souvient pas précisément où il était le 11 septembre 2001 au moment où les attentats se sont déclarés ? Bernadette LECERF THOMAS dans son ouvrage « Activer les talents avec les neurosciences » nous explique que les événements dont on se souvient le plus sont ceux qui nous ont marqué émotionnellement. En matière d’ingénierie pédagogique,  on retiendra qu’il est important de susciter des émotions chez les apprenants. En particulier, la bienveillance et les émotions positives ressenties influencent la consolidation de l'apprentissage. Par exemple, le storytelling est un excellent outil.  En introduisant des récits, des anecdotes et des visuels forts, il suscite une réponse émotionnelle de son auditoire et favorise ainsi l’ancrage. 

4. Susciter la motivation

La dopamine est le neuromédiateur de la motivation. Notre cerveau en libère lorsqu’on éprouve du plaisir, et elle a un effet surprenant sur l’apprentissage. Il est démontré que les activités d’apprentissage qui augmentent la dopamine favorisent l’attention et la mémorisation. Les travaux les plus récents suggèrent même que la dopamine serait directement à l’origine de l’apprentissage.
Il est donc essentiel d’inviter le plaisir dans les sessions de formation ! A titre d’exemple, le « funny learning » est un excellent moyen de stimuler la sécrétion de dopamine. D’ailleurs, les solutions de gamification des formations fleurissent sur le marché. En présentiel, on peut citer des outils comme Kahoot, Wooclap ou Mentimeter qui permettent de gamifier une session de formation grâce à des quizz participatifs et digitaux. En distanciel, on retrouve des applications comme Duolingo ou Babbel (apprentissage de langues) qui permettent d’apprendre en s’amusant, et influent sur le circuit de la récompense en proposant des systèmes de points, badges et autres incentives (à condition de les mettre au service de la progression de l’apprenant, et d’éviter toute infantilisation).

5. Varier les modes d'apprentissage

Il est important d’exploiter au maximum les différents modes d’apprentissage. Les neurones miroirs, découverts en 1996, jouent un rôle essentiel dans l’apprentissage. Ils ont la particularité de s’activer aussi bien dans l’observation que dans la réalisation d’une action ou lors de l’observation de cette même action. Le formateur a donc tout intérêt à proposer dans une même session des démonstrations et des expérimentations. La « formation action » est une modalité particulièrement intéressante, puisqu’elle fonde l’apprentissage sur la résolution de problèmes opérationnels réels.

6. Stimuler un maximum de sens

Dans le processus d’apprentissage, une information est captée par nos sens, puis transportée en influx nerveux jusqu’à notre cerveau où elle est analysée. Dans ce contexte, stimuler plusieurs sens simultanément favorise l’apprentissage. Selon les scientifiques, cela s’explique par le fait que les expériences multisensorielles seraient plus complexes que les expériences unisensorielles. Ainsi la phase d’encodage est enrichie, et l’apprentissage plus pérenne.  Aujourd’hui, la réalité virtuelle décuple les possibilités d’associer le visuel, l’auditif, et le kinesthésique. Le Virtual Reality Learning, comme le propose par exemple l’entreprise Takoma se développe et se révèle très efficace.

7. Ne pas négliger la chronobiologie

C’est pendant les périodes de repos que le cerveau consolide les acquis et les organise. En amont, le sommeil prépare le cerveau à apprendre, à encoder de nouvelles informations. Ultérieurement, il va consolider la mémoire de ces apprentissages et la rendre stable et durable. Chaque phase du sommeil a son rôle dans la mémorisation :

  • consolidation de la mémoire déclarative (nos connaissances) pendant le sommeil léger et profond en début de cycle,
  • consolidation de la mémoire procédurale (nos compétences) pendant le sommeil paradoxal en fin de cycle.

De même, l’activité physique, en activant le cervelet placé à l’arrière du crâne, renforce les facultés d’apprentissage. L’apprenant doit porter attention à  ses besoins physiologiques. Quant au formateur, s’il est vrai qu’il a peu de prise sur le sommeil de ses apprenants, il peut en revanche veiller à respecter leur chronobiologie. Par exemple, il est bien connu que le moment de l’après-déjeuner est souvent délicat en formation. Il convient donc de privilégier les activités dynamiques sur cette phase.

8. Favoriser la transposition dans le contexte personnel

Apprendre, c’est faire des liens entre ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas. Ce processus de création de liens a pour effet de densifier la trame de la mémoire. Il est donc indispensable que les apprenants puissent transposer les informations nouvelles dans leur contexte personnel : repères familiers, préférences etc. Par exemple, le formateur devra adapter ses illustrations et anecdotes à la population qu’il a en face de lui. Il est donc important de bien savoir à qu’il s’adresse, et de savoir « entrer dans leur monde ».

9. Corriger les erreurs

La mémoire est sournoise, elle peut inhiber des souvenirs voire même créer de faux souvenirs. L’organisme américain Innocence Project a réalisé une expérience dont les résultats sont spectaculaires : sous la pression policière, 30% des personnes innocentées se sont créés de faux souvenirs et ont avoué un crime qu’elles n’avaient pas commis. Forts de ce constat, on admet  qu’il est primordial de valider régulièrement les connaissances des apprenants, afin de corriger les éventuelles erreurs d’apprentissage au fur et à mesure. Dans ce contexte, les quizz sont des outils très utiles, mais également les feedbacks. Recevoir un retour d’information immédiat sur l’action en cours est constitutif de l’apprentissage. Plus le retour est proche dans le temps de l’erreur, plus l’action corrective sera efficace et intégrée de manière pérenne.  Les feedbacks peuvent s’organiser en formation (feedbacks ponctuels données par le formateur et les autres apprenants) mais aussi au retour de formation (feedbacks continus donné par le manager ou ses collègues).

10. ​Réduire les biais de perception

Les biais de perception n’épargnent pas les sessions de formations. L’étude des cabinets ILDO, XOS, et SLTI a démontré le rôle déterminant de la perception que les apprenants ont de leur formateur sur leurs performances d’apprentissage. Dans un e-learning à contenu strictement égal, les apprenants retiennent d’avantage lorsque le formateur est présenté comme un expert d’un âge plus sénior. Le formateur doit alors veiller à asseoir sa légitimité, son expérience et son expertise pour gagner la confiance des apprenants, et ainsi améliorer leurs performances d’apprentissage.

Les apports des neurosciences à la formation professionnelle sont donc multiples, et nous n’en sommes qu’au début. La transformation digitale met sans cesse à disposition de nouveaux outils mettant à profit des neurosciences, notamment la réalité virtuelle, l’intelligence artificielle, la gamification etc. En parallèle, on n’a jamais eu autant besoin de formations efficaces face à un monde qui change.  Apprenants, formateurs, DRH, ouvrez grand votre cerveau !

 

Sources

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